Ils sont enfin arrivés . Au milieu , se trouve l'étang , caché sous la mousse et la fougère, un grand chêne penché au bord, surveillant les eaux calmes. Remedios a commencé à installer le campement pendant que Manuel s'est enfoncé dans le taillis pour rassembler du bois sec pour la soirée . La marmite suspendue au dessus du feu, elle laisse errer son regard sur les nuées de moustiques au dessus de l'eau, un vague sourire aux lèvres . Le soir tombe. Enroulée dans son châle brodé, Remedios regarde les étoiles s'allumer une à une dans le ciel et la lune d'argent tomber dans l'étang. La fumée du repas monte dans l'air plus frais et s'enroule en volutes griffues ... Manuel n'est pas revenu, et les fourrés s'agitent de piétinements obscurs . Au bord de la clairière dansent deux yeux d'or pâle . Remedios a ramassé ses jupes et cours dans la forêt . Les branches s'accrochent à son châle, à ses cheveux . Elle cours comme le vent , les dents serrées sur un souffle haletant, les poings crispés, le corps tendu en avant...
Le soleil se lève sur un amas de tissus et de feuilles d'où émerge une main délicate et blanche, ouverte et suppliante , une longue chevelure noire , comme un écheveau de soie souillé de menues branches et d'écarlate.
Manuel fixe les braises fumantes , les mains abandonnées sur les cuisses, pensif et apaisé, du sang sous les ongles.