vendredi 18 décembre 2009

Dans la forêt

Ils sont partis au lever du jour et Barbara les a suivi du regard jusqu'au bout du chemin à l'entrée du bois . Il faut que quelqu'un reste à la maison, la garde accueillante pour leur retour ...C'est une femme maintenant, qui aura bientôt un mari et si Dieu veut des enfants : C'est ce qu'à dit Remedios en écrasant une larme sur la joue de sa soeur, petite vestale éplorée gardienne du foyer.
Elle est partie sans se retourner, assise à coté de Manuel et souriante , les yeux comme un velours noir posés sur son profil aquilin. Ils vont à Vérin pour le marché .
Ils se sont arrêtés pour manger dans la forêt , belle comme un cathédrale rouge et or sous le soleil, bruissant de toute une vie furtive, que d'un geste de la main, Manuel lui indique : ici un hérisson, là les traces d'un chevreuil .
Le bonnet de Remedios pends dans son dos, son châle a glissé et elle est adossée à ce grand arbre, les mains abandonnées sur les cuisses, le regard perdu vers la trouée de ciel bleu entre les branches . Doucement, Manuel s'est approché ...
Il est temps de réveiller la fée qui dors entre ses bras, des feuilles dans ses cheveux noirs , le corsage ouvert , impudique : il faut reprendre la route, avancer encore jusqu'à l'étang , où ils feront étape pour la nuit.
Les ombres s'allongent, la forêt se fait inquiétante.

samedi 12 décembre 2009

Croissant de lune

Manuel a de nouveau besoin de repartir : il charge la roulotte . Dans les bois près d'Orense, on a retrouvé le corps d'un homme, la gorge ouverte, les yeux fous et la bouche figée sur un hurlement pour toujours. On ne sait ni qui il est, ni d'où il vient, et le cadavre commençait à pourrir sous les feuilles ... La place du village bruisse de murmures horrifiés quand on ramène le corps et les mères serrent leurs enfants contre leurs jupes. Il porte les traces de morsures d'un loup de belle taille, mais on a ôté la graisse de son cadavre ...
Cette nuit là, Remedios a dénoué ses cheveux noirs , et si elles avaient pu voir, les femmes ne se demanderaient pas pourquoi Manuel revient saisons après saisons . Les yeux brûlants, les mains savantes, les hanches délicates de Remedios ... Sa peau blanche , ses baisers fous , tout lui crie "reste ! " et il se perds en elle comme on se noie dans une eau profonde ...
Barbara est retournée à la lisière de la forêt, malgré les rumeurs de danger. Elle a attendu longtemps, dans la nuit , allongée dans l'herbe odorante à contempler la lune accroché au ciel comme un quartier d'orange, en vain . Dans la maison silencieuse, Manuel dors entre les bras de Remedios , les doigts encore pris dans la soie de ses mèches noires : cette fois-ci, il l'emmènera .