lundi 14 septembre 2009

Sous la lune ...

Peu à peu, la douceur de son regard s'en va autre part se noyer dans les eaux calmes des yeux de José. C'est l'ami du frère d'Anna, et il est garde civile à Allariz.
Elle l'a croisé à la fontaine, et chez sa mère aussi, quand il vient chercher son frère. Les soirs où la lune est ronde, elle pense à lui blottie sous les draps de lin. Il est aussi blond que Manuel est brun..., aussi doré qu'il est pâle ... C'est un soleil d'homme, toujours à rire et à plaisanter, la voix comme le ronronnement d'un chat quand il s'adresse à elle , et l'oeil caressant et tendre.
Et plus le temps passe, moins il quitte son coeur et plus elle redoute les nuits avec Manuel ...
Cette nuit, l'époux a déserté le lit et Anna , pieds nus à la porte du jardin a rejoint José. Vole la chemise de lin, l'amant se noie dans les boucles rousses et parfumées de la belle, comme un tapis écarlate répandu sur le sol. Et pour une fois, elle aime l'odeur de la terre et de l'herbe , elle crie son bonheur à la lune pleine !
C'est un hurlement déchirant qui lui répond à la lisière de la forêt. D'un seul coup, la nuit est froide . Elle a honte, nue dans l'air du soir . Deux lueurs d'un jaune brûlant dansent dans les fourrés. Ils ont ramassé leurs affaires et elle est vite rentrée se coucher . Manuel n'est pas rentré...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

ça me rappelle encore Lorca, notre grand poéte, et son poème La Casada infiel, tiré du Romancero Gitano. Tu connais, Cousin? C'est beau, non?

Y que yo me la llevé al río
creyendo que era mozuela,
pero tenía marido.
Fue la noche de Santiago
y casi por compromiso.
Se apagaron los faroles
y se encendieron los grillos.
En las últimas esquinas
toqué sus pechos dormidos,
y se me abrieron de pronto
como ramos de jacintos.
El almidón de su enagua
me sonaba en el oído,
como una pieza de seda
rasgada por diez cuchillos.
Sin luz de plata en sus copas
los árboles han crecido
y un horizonte de perros
ladra muy lejos del río.

*
Pasadas las zarzamoras,
los juncos y los espinos,
bajo su mata de pelo
hice un hoyo sobre el limo.
Yo me quité la corbata.
Ella se quitó el vestido.
Yo el cinturón con revólver.
Ella sus cuatro corpiños.
Ni nardos ni caracolas
tienen el cutis tan fino,
ni los cristales con luna
relumbran con ese brillo.
Sus muslos se me escapaban
como peces sorprendidos,
la mitad llenos de lumbre,
la mitad llenos de frío.
Aquella noche corrí
el mejor de los caminos,
montado en potra de nácar
sin bridas y sin estribos.
No quiero decir, por hombre,
las cosas que ella me dijo.
La luz del entendimiento
me hace ser muy comedido.
Sucia de besos y arena
yo me la llevé del río.
Con el aire se batían
las espadas de los lirios.

Me porté como quién soy.
Como un gitano legítimo.
La regalé un costurero
grande, de raso pajizo,
y no quise enamorarme
porque teniendo marido
me dijo que era mozuela
cuando la llevaba al río.