La femme du colporteur s'appelle Remedios ... Elle est brune comme son époux , le regard grave et sévère, noir comme un puits sans fond, la coiffe brodée serrée autour de son visage ordinaire, digne et empesée comme ses jupons blancs sous sa large jupe noire. Ils n'ont pas eu d'enfant . A Orense, les femmes se demandent ce qui attache Manuel à cette épouse austère et sans grâce.
Les mauvaises langues disent que c'est Barbara , la soeur de Remedios qui à la fin de chaque tournée ramène le vagabond vers la petite maison en bordure de forêt. Elle a dix huit ans et la beauté du diable . Il a toujours un cadeau pour elle : une robe en soie, un châle , une bague ... Remedios ne dit jamais rien, mais l'eau remonte à la surface du puits de ses yeux noirs quand elle surprend le regard de Manuel sur Barbara, plus doux qu'une caresse.
La petite a un ami. Certaines nuits, elle le rejoint à la lisère du bois. Il l'attend assis sur son arrière train . C'est un drôle de chien aux yeux jaunes, à la fourrure épaisse et noire, qui sent la terre et les feuilles mortes , et bizarrement la fleur d'oranger, comme Remedios ! elle se laisse tomber près de lui dans l'herbe haute et il pose sa tête sur ses genoux. Elle joue avec ses oreilles pointues, caresse le long museau et le front de l'animal jusqu'à ce qu'il se lasse et reparte chasser dans la forêt.
Remedios ne veut pas de chien à la maison.
