mardi 22 septembre 2009

Nouvelle lune

La femme du colporteur s'appelle Remedios ... Elle est brune comme son époux , le regard grave et sévère, noir comme un puits sans fond, la coiffe brodée serrée autour de son visage ordinaire, digne et empesée comme ses jupons blancs sous sa large jupe noire. Ils n'ont pas eu d'enfant . A Orense, les femmes se demandent ce qui attache Manuel à cette épouse austère et sans grâce.
Les mauvaises langues disent que c'est Barbara , la soeur de Remedios qui à la fin de chaque tournée ramène le vagabond vers la petite maison en bordure de forêt. Elle a dix huit ans et la beauté du diable . Il a toujours un cadeau pour elle : une robe en soie, un châle , une bague ... Remedios ne dit jamais rien, mais l'eau remonte à la surface du puits de ses yeux noirs quand elle surprend le regard de Manuel sur Barbara, plus doux qu'une caresse.
La petite a un ami. Certaines nuits, elle le rejoint à la lisère du bois. Il l'attend assis sur son arrière train . C'est un drôle de chien aux yeux jaunes, à la fourrure épaisse et noire, qui sent la terre et les feuilles mortes , et bizarrement la fleur d'oranger, comme Remedios ! elle se laisse tomber près de lui dans l'herbe haute et il pose sa tête sur ses genoux. Elle joue avec ses oreilles pointues, caresse le long museau et le front de l'animal jusqu'à ce qu'il se lasse et reparte chasser dans la forêt.
Remedios ne veut pas de chien à la maison.

mercredi 16 septembre 2009

Et vengeance .

Une fois de plus, Manuel est parti ... Une fois de trop, elle a rejoint José à la lisière du bois. Une fois encore ils ont roulé dans l'herbe sous le regard d'ambre du loup caché dans la broussaille. Puis elle est rentrée , le coeur plein de lui : demain ils partirons et au diable Manuel et les gens du village !
Au diable aussi, le loup qui suit José sous la lune. Allariz s'éveille sur un cri de bête blessée à mort . Près de la fontaine, José est étendu la gorge déchiquetée. Près de lui Anna ne respire plus déjà et Manuel hurle couvert de sang . On est venu le chercher pour l'enfermer, mais la nuit venue, dans la cellule, c'est un loup qui bouscule le geôlier venu porter son repas au prisonnier et s'échappe ...

Le temps a passé et un colporteur sillonne la région . Il vend des tissus et du savon. Il écrit les lettres pour ceux qui ne savent pas et apporte les nouvelles d'ailleurs. Il vit dans une petite maison à l'écart près d'Orense avec sa femme et la soeur de celle-ci . Il est beau et sombre, et toutes veulent savoir si elles peuvent le faire sourire ...il a des yeux d'or et d'épais sourcils noirs.

mardi 15 septembre 2009

Jalousie ...

Le soleil s'est levé sur la lisère du bois. Dans un fourré repose Manuel, nu sur l'herbe, des feuilles rousses collées à sa peau blanche.... de la terre aussi, et du sang. Il dort, les ongles cassés, la bouche écarlate . La poitrine doucement se soulève ... Les longs cils noirs frémissent sur la joue pâle et découvrent l'or des prunelles . Avec l'éveil vient la douleur, la rage aussi, dévorante, insatiable comme la faim du loup . Toute la nuit il a couru et tué sans relâche, mais la colère ne le quitte pas . Toujours il les voit ... Lui en elle, et elle ...qui le fuit , et se donne ailleurs ! Il ne savait pas qu'il l'aimait jusqu'à la voir sous l'autre .
Il faut rentrer, faire bonne figure , maîtriser la bête qui s'agite en lui et qui veut leur mort , pour que cesse la peine.
Toutes les nuits, c'est un carnage : Un loup égorge les brebis, et même les chiens, laissant derrière lui des cadavres éventrés. Ce n'est pas la faim qui le tenaille, c'est la folie. Toutes les nuits Manuel disparaît . Toutes les nuits, Anna a peur. Le jour il la suit du regard sans relâche, semble sur le point de parler . Ses caresses sont comme des coups . Puis le temps passe , et à nouveau il dort avec elle. Le calme revient à Allariz, mais entre eux il y a le silence, et sa tristesse à lui, et sa honte à elle. Mais elle continue à voir José partout, à se souvenir de l'odeur de la menthe écrasée, de ses mains câlines, de sa voix basse. Avec le remord qui la fuit croît le désir , comme s'arrondit la lune ...

lundi 14 septembre 2009

Sous la lune ...

Peu à peu, la douceur de son regard s'en va autre part se noyer dans les eaux calmes des yeux de José. C'est l'ami du frère d'Anna, et il est garde civile à Allariz.
Elle l'a croisé à la fontaine, et chez sa mère aussi, quand il vient chercher son frère. Les soirs où la lune est ronde, elle pense à lui blottie sous les draps de lin. Il est aussi blond que Manuel est brun..., aussi doré qu'il est pâle ... C'est un soleil d'homme, toujours à rire et à plaisanter, la voix comme le ronronnement d'un chat quand il s'adresse à elle , et l'oeil caressant et tendre.
Et plus le temps passe, moins il quitte son coeur et plus elle redoute les nuits avec Manuel ...
Cette nuit, l'époux a déserté le lit et Anna , pieds nus à la porte du jardin a rejoint José. Vole la chemise de lin, l'amant se noie dans les boucles rousses et parfumées de la belle, comme un tapis écarlate répandu sur le sol. Et pour une fois, elle aime l'odeur de la terre et de l'herbe , elle crie son bonheur à la lune pleine !
C'est un hurlement déchirant qui lui répond à la lisière de la forêt. D'un seul coup, la nuit est froide . Elle a honte, nue dans l'air du soir . Deux lueurs d'un jaune brûlant dansent dans les fourrés. Ils ont ramassé leurs affaires et elle est vite rentrée se coucher . Manuel n'est pas rentré...

dimanche 13 septembre 2009

Pleine lune ...

C'est un conte d'amour et de mort comme il y en a dans mon pays que je vais raconter à ma façon pour Odyle qui aime les histoires. Comme elle est longue, j'en raconterai un petit bout tous les jours.
L'automne revient, avec ses galopades dans les feuilles rousses . La forêt est belle sous le soleil , aveuglante d'or et de rouge mais la nuit ...Les créatures qui la hantent sont dangereuses et magnifiques aussi !
Il y a longtemps, en Galice, dans le village de Regueiro naquit un petit garçon. Mais le jour de sa naissance, pas de fête au village. C'était le 9ème fils d'un homme pieux , mais dans sa mignonne paume de bébé on pouvait voir un duvet noir comme un velours de sinistre augure.
Le garçon grandit pourtant en force et en beauté, élevé par le curé pour conjurer le sort. Il apprit à lire et à écrire et à tailler le tissu pour faire de beaux vêtements. C'était un superbe garçon, aux boucles noires et épaisses, avec d'étranges yeux d'or sous d'épais sourcils noirs qui se rejoignaient au-dessus de son nez aquilin, lui donnant un air inquiétant et sauvage, malgré le sourire de sa bouche charnue, ou bien peut être à cause d'elle ?
Toutes les filles du village en avaient le coeur à l'envers...Et pas seulement les filles , les femmes mariées aussi qui rêvaient d'apprivoiser la bête en Manuel.
Certaines firent plus qu'en rêver ... Et il faut que les garçons apprennent ! Mais il restait seul et secret. Il les aimait toutes et aucune à la fois . Et les nuits de pleine lune ...la course dans les feuilles mortes, la chasse sous les arbres et le sang, et les yeux d'or qui brillent comme des escarboucles dans les taillis.
A Allariz, dans le bourg voisin, la belle Anna n'est pas rentrée , et sa mère a pleuré, et son frère a serré les poings. Manuel s'est marié. On ne plaisante pas avec l'honneur des filles de Galice, leurs frères y ont veillé.
Mais la nuit, ces hurlements dans le bois quand la lune est pleine ... Et le lit froid et vide... Et ce sourire étrange qui découvre les dents si blanches de l'époux.Certains soirs, il sent la terre et le chien mouillé, et ses étreintes sont trop rudes, il a d'étranges façons qui la font rougir. La belle Anna n'est pas heureuse, mais n'ose en parler à sa mère .

vendredi 11 septembre 2009

C'est la rentrée littéraire !




Voilà longtemps que je n'étais passé sur mon blog raconter ma vie à Crêvecoeur . Mon cousin Orozco me regarde de travers en me traitant de paresseux et Odyle ricane du fond de son paddock. Je l'avoue, je n'ai pas été très courageux ... Mais il a fait si chaud que j'ai préféré faire la sieste, ce qui , n'en déplaise à Orozco, est une occupation traditionnelle pour un andalou qui se respecte. Et moi, j'ai beaucoup de respect pour les traditions !
Avec la fraîcheur qui revient, je retrouve l'inspiration, mon neurone étant à nouveau correctement ventilé .
J'ai recommencé à danser dans la carrière . Je sens qu'un beau matin, on va m'embarquer dans le van pour une promenade et il faudra encore que je fasse l'artiste avec mon elfe en tenue de cérémonie sur le dos ! Inutile de préciser que je préfèrerai largement une grande ballade dans les bois avant que les chasseurs ne reviennent nous ennuyer avec leur fusils, leurs drôles de boites au milieu des chemins et leurs mines patibulaires et rougeaudes ( trop de vin avec le paté de sanglier sans doute ...)
Mais je me console, l'automne , c'est la saison où la Samca revient dans la carrière, le troll dans le fossé et les pixies dans les pommiers. Tout ce petit monde était parti en vacances en bretagne : les elfes et les fées, ça n'aime pas la chaleur ! Aujourd'hui, je ne verrai pas mon humaine et demain non plus ...Elle part vers quelque obscure occupation et je ne peux pas l'accompagner. Ses allées et venues restent pour moi un mystère . Je me demande bien où est son box . Il faudra que j'en parle à Orozco : il sait beaucoup de choses. Hier soir elle m'a longuement gratté l'encolure, sous la crinière, vers le garrot et je dois dire que pour ce qui est des grattouilles, elle s'y connait bien mieux qu'en cession à la jambe ! Ce serait pratique si elle habitait dans mon box. J'aurai des grattouilles à volonté, et je ne me demanderai plus où elle s'en va. J'irais avec elle au paddock et elle pourrait chasser les mouches et les bestioles qui piquent pendant que je somnole ... bref, la vie idéale . Je crois qu'il est temps que je me déclare, et que je lui propose de s'installer chez moi.