
Aujourd'hui, il ne fait toujours pas beau et mon elfe m'a dit qu'elle ne m'emmènerai pas en forêt ( Maudite main, maudite branche ! ). C'est une journée à raconter des histoires dans la pénombre des box, en écoutant ruisseler la pluie sur le toit, et des choses à dire, en ce moment, il y en a : Il y a une vouivre dans le trou d'eau le long du champ quand on part en promenade dans la plaine . Nos cavalières ont remarqué que nous n'aimons pas cet endroit, quand les feuilles sont revenues . Avec les feuilles, revient la vouivre : la nuit, jolie demoiselle au visage triangulaire, aux grands yeux d'or liquide, un diamant au front qui sépare ses longues mèches rousses, toute nacre et perles, le jour terne couleuvre ...
Si la nuit, vous voyez luire à cet endroit comme en plein jour, n'approchez pas ! c'est qu'elle aura posé son diadème pour peigner ses cheveux. La voir à sa toilette, c'est l'aimer pour toujours et c'est souffrir pour toujours car elle n'aime personne, hormis le vent dans les arbres et l'herbe qui bruisse et l'eau qui clapote.
Il y a longtemps vivait dans ce pays un garçon rêveur et brun comme un bohémien ( peut être l'était-il un peu ...) , les yeux verts et longs, les mains fines . Il avait une belle jument grise, une de ses splendides cavales aux naseaux de velours, à la crinière folle et brillante, à la croupe ronde et ferme ! Il parcourait la plaine sans se soucier de rien, moissonnant au passage le coeur des demoiselles . L'une d'entre elle surtout , brune et légère comme un farfadet, qui le guettait au bord des chemins dans l'espoir qu'il s'arrête ... Mais que peut une fillette contre le vent dans les branches et le parfum de l'air du soir ? La voilà qui se plante au beau milieu du chemin ce funeste jour de printemps où elle a décidé qu'il l'a verra enfin ! Le garçon s'arrête, amusé : elle a gagné. Mais que lui dire, que faire pour retenir son attention ? Hélas, elle lui parle du trou d'eau, et du diamant au front de la belle serpente et brillent les yeux verts comme des escarboucles ! Ils se donnent rendez vous à minuit près du trou d'eau. Mais à l'heure dite, seul le garçon est au rendez-vous car le père de la petite surveillait sa fille depuis qu'il entendait parler les voisins de ses promenades au bord des chemins...
Une caresse douce sur l'encolure de la jument, et le voilà pied à terre, écartant les branches et contemplant sous le ciel d'encre le poignant spectacle : la vouivre aux yeux d'or, nue sous les étoiles et parfaite ! Et son coeur éclate dans sa poitrine quand langoureusement elle lève ses paupières sur lui.
On l'a retrouvé dormant au bord de l'eau . Il ne parle plus. Il ne chevauche plus et la belle jument dépérit. Son âme est morte dans les yeux de la vouivre et pleurent les demoiselles du pays.
1 commentaire:
Il est trop beau ton conte, cousin, et triste aussi. tu crois que la vouivre se change aussi en ragondin? On en voit un souvent dans la mare qui nous fait peur.... Si on fait un nécart... c'est peut-être pour protéger nos humains pour qu'ils ne voient pas la vouivre et puissent continuer à nous chevaucher? Nous les chevaux, nous sentons les choses, comme tu le sais, même les invisibles et intangibles... Et nous sommes là pour protéger nos chers humains d'eux-mêmes!
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