Ils sont partis au lever du jour et Barbara les a suivi du regard jusqu'au bout du chemin à l'entrée du bois . Il faut que quelqu'un reste à la maison, la garde accueillante pour leur retour ...C'est une femme maintenant, qui aura bientôt un mari et si Dieu veut des enfants : C'est ce qu'à dit Remedios en écrasant une larme sur la joue de sa soeur, petite vestale éplorée gardienne du foyer.
Elle est partie sans se retourner, assise à coté de Manuel et souriante , les yeux comme un velours noir posés sur son profil aquilin. Ils vont à Vérin pour le marché .
Ils se sont arrêtés pour manger dans la forêt , belle comme un cathédrale rouge et or sous le soleil, bruissant de toute une vie furtive, que d'un geste de la main, Manuel lui indique : ici un hérisson, là les traces d'un chevreuil .
Le bonnet de Remedios pends dans son dos, son châle a glissé et elle est adossée à ce grand arbre, les mains abandonnées sur les cuisses, le regard perdu vers la trouée de ciel bleu entre les branches . Doucement, Manuel s'est approché ...
Il est temps de réveiller la fée qui dors entre ses bras, des feuilles dans ses cheveux noirs , le corsage ouvert , impudique : il faut reprendre la route, avancer encore jusqu'à l'étang , où ils feront étape pour la nuit.
Les ombres s'allongent, la forêt se fait inquiétante.



