mardi 30 septembre 2008

Ouverture de la chasse aux pigeons ?

Dimanche, nous sommes partis en promenade sur la plaine avec mon ami Orozco . Mon elfe est arrivée juste à la fin de la sieste. Il faisait beau et chaud et je serai bien resté à l'ombre dans mon box à mâchouiller du foin , mais il fallait bien que je m'occupe d'elle et que je la promène un peu. Avoir un être humain est une lourde responsabilité : Il faut veiller à son bien être physique et mental en faisant en sorte qu'il exerce ses muscles à suivre nos allures, et son cerveau à anticiper nos réactions . Il faut aussi essayer de le garder d'humeur joviale en acceptant de se plier à certaines de ses lubies. Je vous ai déjà parlé de son goût marqué pour le vert ( personnellement, j'aurais préféré une tenue noire, élégante et de bon goût ), mais savez-vous que depuis quelques temps, elle s'amuse à orner mon front d'un truc qu'elle a ramené de Cordou : un frontal chasse -mouche en crin avec des rosettes vert et jaune !! La première fois qu'elle me l'a mis, je pensais avoir été clair en le faisant tomber au premier trot, mais il semble qu'elle soit "non comprenante", pour ne pas utiliser un terme plus mal sonnant. Elle a récidivé Dimanche et devant son air béat, j'ai cédé : elle avait l'air toute contente, et moi, finalement, cela ne me dérangeait pas ... !


Il faisait beau donc , et Orozco et moi avions décidé de promener nos humains . Au début, tout était tranquille. On entendait bien au loin comme des claquements, mais les voix de nos cavalières étaient calmes, voir joyeuse pour la mienne, et leurs corps détendus. Comme à l'accoutumé, j'étais derrière Orozco pour protéger ses arrières. Comme chacun le sait, c'est le plus courageux qui reste derrière au cas où un vélociraptor surgirait de derrière la touffe d'herbe que l'on vient de dépasser. En arrivant en vue du chemin qui passe entre les champs de maïs, nous avons aperçu un groupe d'humain qui faisait demi tour. J'ai senti mon elfe se raidir un peu et sa voix n'était plus si joyeuse ... Mais Orozco a continué en direction des maïs, et j'ai suivi, toujours dans l'idée de le protéger, et aussi un peu pour ne pas rester tout seul ...En arrivant à l'entrée de l'allée, Orozco s'est pointé et a rebroussé chemin. Moi, n'écoutant que mon courage, j'ai fait de même , pour éloigner mon elfe du danger bien sûr ...Ceci dit, le danger, je ne l'avais pas encore vu ... En me retournant pour voir ce que je fuyais , heu non, ce dont je protégeais ma cavalière, nous avons vu des humains qui parlaient fort avec des fusils et des chiens. Les fusils, je connais : ça fait un bruit d'enfer. J'aurais préféré qu'on évite cette maudite allée !!! Mais la cavalière d'Orozco était déterminée à passer. Nous avons fait plusieurs tentatives, avant de finalement nous engager dans cette haie de chasseurs . Personnellement, je n'ai pas apprécié la mystérieuse caisse avec des trous au milieu de l'allée : cela ressemblait à un nid de vélociraptor ! C'est pourquoi j'ai décidé de passer au trot, dos au maïs, face à la boite, pour bien la surveiller . Pour être tout à fait franc, les arrières d'Orozco étaient loin devant moi et j'ai eu un peu peur de rester tout seul avec les chasseurs et la caisse . Bref, nous sommes passés . Le reste de la promenade c'est déroulé dans le calme et la bonne humeur, si ce n'est le coup de feu qui a fait peur à l'elfe. Pour la tranquilliser, j'ai pris le galop pour lui montrer qu'elle pouvait me faire confiance pour l'emporter rapidement loin de tout danger ! C'est curieux, mais j'ai l'impression qu'elle n'a pas compris mon geste ... Quand je dis qu'elle est "non comprenante", ce n'est pas simplement une vue de l'esprit. Mais bon, elle n'oublie jamais les carottes, les pommes et les petits pains suédois, et c'est une qualité importante chez l'être humain . Je souhaite en tout cas que la semaine prochaine, notre promenade soit un peu moins mouvementée.

samedi 27 septembre 2008

Manège de Samhain


Dans quelques jours, ce sera Samhain . Ma cavalière s'interroge sur la "périodicité" de mes frayeurs ... l'explication est fort simple . Il y a quatre sabbats principaux dans l'année : Imbolc (2 fevrier), Beltane (1er mai), Lughmasadh (1er août) et Samhain (31 octobre). A l'occasion de ces sabbats, les cours elfiques se déplacent et on peut faire de mauvaises rencontres la nuit . Surtout vous pauvres humains aveugles et sourds ! Quoi qu'il en soit, c'est dans les paddocks sous les pommiers que se rassemblent tous les esprits du 77 avant la grande transhumance ! Il commence à y avoir du monde à nous regarder faire des cessions à la jambe ... Ce matin encore, en plus de la Samca, j'ai vu des pixies s'empiffrer de fruits tombés par terre. C'est tout simplement hallucinant de voir avec quelle insouciance vous marchez au milieu de cette foule bizarre et colorée. Pour la Samca, il est vrai qu'elle n'est pas du 77 celle là... Elle est arrivée cet été avec des gens du voyage, et comme elle trouvait l'endroit plaisant, elle s'est installée près du poteau dont je vous ai parlé. Elle n'est pas vraiment méchante, mais il est préférable de ne rien lui demander, vous pourriez l'obtenir ...En tout cas, elle se distrait en surgissant brusquement devant moi en pleine diagonale : je fais un écart , l' elfe se fâche et elle ça l'amuse !

Enfin voilà, j'aurais prévenu. Il me semble que ces prochains jours, les séances de travail seront animées . Vivement le 31 octobre, que nous retrouvions nos frayeurs ordinaires, à savoir les pigeons , le vent dans les bâches et les coup de fusils des chasseurs. Demain, c'est l'ouverture de la chasse. C'est aussi dimanche, jour de promenade . Je vais encore vivre des temps interessants ...Et mon elfe aussi !

jeudi 25 septembre 2008

Manège story


Il y a toujours un moment dans la journée, où je dois travailler. En ce bas monde, rien n’est gratuit et il faut bien gagner son foin quotidien !
Je n’échappe pas à la règle et c’est dans la carrière que je m’entraîne avec mon elfe, ou bien son professeur.
La plus part du temps, ils sont satisfaits de ma prestation mais je dois avouer que les débuts de séance sont toujours un peu délicats : A main droite, je déteste passer à l’endroit où commence la partie couverte de la carrière et qu’on appelle « le manège ».
D’abord, je déteste le manège lui-même, à cause des pigeons. C’est très dangereux, un pigeon. Ça roucoule très fort au moment où je m’y attends le moins. Ça vole en rase motte au dessus de ma crinière, ou bien ça fait des bruits bizarres dans les poutres de la toiture. Ça décolle brutalement dans mes jambes alors que je trotte tranquillement, sans ennuyer personne ! Il arrive même que ça crotte sur mon arrière main ! Voilà comment je vois les choses :
1) les pigeons sont des oiseaux
2) Les oiseaux sont les descendants des dinosaures.
3) Il y avait des dinosaures carnivores.
4) Les carnivores mangent les chevaux
5) Si les pigeons descendent des dinosaures carnivores, alors ils peuvent manger Domino.
La prudence veut donc que j’évite de travailler dans un lieu où s’ébattent sans vergogne des animaux susceptibles de me dévorer pendant que je m’applique sur mon épaule en dedans !
J’ai essayé d’expliquer cela à l’elfe, mais elle est imperméable à la beauté de mon raisonnement.

Mais ce n’est pas ce qui me trouble le plus. Curieusement, il semble que les humains soient totalement inconscients de tout ce qui rôde, invisible, autour de leur fragile personne. Tout un monde d’esprits, de lutins, de fantômes pas vraiment bienveillants les accompagne, alors qu’insouciants, ils vaquent à leurs occupations.

Ainsi, mis à part Orozco, Victor et moi, personne ne semble remarquer la « Samca » qui a élu domicile à l’entrée du manège, à main droite, près du premier poteau.
Une « Samca », c’est une démone de Roumanie… Elle est très belle dans ses voiles de brume, avec sa chevelure comme le soleil couchant, sanglante comme sa bouche charnue et ses yeux en amande. Elle peut être aussi petite qu’un champignon, ou au contraire, plus haute que le plus haut chêne de la forêt. Elle peut être invisible aussi. Que fait une démone Roumaine à l’entrée du manège de Crêvecoeur ?

mardi 23 septembre 2008

... Et les elfes !

J'ai dit que je vous raconterais pourquoi on surnomme ma cavalière " l'elfe". C'est surtout pour son professeur d'équitation que je raconte , parce qu'aux écuries, à part lui, tout le monde sait bien pourquoi !

Cela n'a rien à voir avec son physique. Nul n'ignore que les elfes des forêts et les hauts elfes sont des êtres beaux , éthérés et amoureux de la nature. Il y a aussi les elfes de sang ou les drows, et ceux là sont aussi dangereux que magnifiques. Ma maîtresse n'a d'elfique que la couleur de sa culotte de cheval ! Elle n'a rien de "vaporeux", elle est même bien en chair , la coquine... Elle est dangereuse pour toutes les boîtes de chocolat qui croisent son chemin, mais je ne crois pas que ce soit une caractéristique des elfes de la nuit .Quand à sa beauté, c'est difficile à dire ... Peut être avec une crinière plus longue et des sabots brillants ? Elle a une passion en dehors de moi : les contes de fées, les histoires fantastiques et "World of Warcraft". C'est pour cela que nous nous comprenons : Elle se prend pour un elfe, et moi je vois des fantômes partout ! Au coucher du soleil, elle se connecte et devient "Skeggi" le druide elfe de la nuit . Elle a lu tout Tolkien et pas seulement le seigneur des anneaux ! Tanith Lee est son idole aussi . Elle vénère Lovecraft et Bram Stocker ...Elle trouve les vampires attachants...
Elle m'habille en vert mousse et en marron terre brûlée. Mes tapis de selle sont assortis à la couleur de sa tenue : Il faut nous voir dans les bois de Crêvecoeur en mode "furtif" derrière Orozco le magifique , tellement invisibles que les "galinettes dorées" s'envolent dans mes jambes et me font peur . Il n'y a pas que les fantômes qui me font faire des écarts. Je déteste les gallinacés .Elle aussi d'ailleurs. Elle prétend que les oiseaux sont les descendants des dinosaures et que les poules sont des vélociraptors qui ont mal tourné !

Pour ce qui est des fantômes, il faudra tout de même que j'explique ce qui m'effraye dans ce manège, mais c'est une très longue histoire, un peu dans le genre de celles qui tant fascinent ma Titania du 77.

Les dessins sont de Loodwyne

Au commencement était le soleil ...

Du début , je me souviens de peu de chose ... la pénombre fraiche du box et la douceur de ma mère ... la terre rouge, les oliviers gris verts et ces hommes qui parlent fort et qui rient plus fort encore ... Le soleil et le ciel bleu brûlant aussi . J'ai quitté l'Espagne à quatre ans avec ce petit bonhomme à la voix grave, aux gestes sûrs et à la casquette qui sentait bon .

Je suis arrivé dans un endroit vert !!! Il y avait des arbres partout, et le ciel qui pleure souvent, comme moi , au début, derrière mes long cils blancs . J'ai laissé mes amis, ma mère, le bleu , le rouge et le jaune de mon pays natal pour cette terre verte de brouillard et d'eau .

Je suis Domino. Je suis andalou de la province de Malaga . Ma terre est noire maintenant, et je ne l'ai pas choisie . Mais j'y ai trouvé l'amour : celui que je donne sans compter et qu'on me rend ... Celui qui fait mal aussi.

Ma fée, ma douce,celle qui m'a tout appris, ma première maîtresse m'a laissé . Sous sa main légère j'ai su les pas de coté, la cession à la jambe, l'épaule en dedans, le changement de pied au temps. Toutes ces choses qui font dire que les chevaux comme moi dansent sur la musique qu'ils ont dans l'âme.

Je danse pour une autre maintenant. Avec elle, ça n'a pas été facile. Tant de chose à lui apprendre, tant de pleurs au début : les siens ... Je me souviens de ses yeux la toute première fois que je l'ai vue. Ils étaient grands et sombres et ils disaient que j'étais le cheval de sa vie, mais moi je voulais rester avec ma fée. Je suis monté dans le camion pourtant. Je l'ai suivie dans son club, avec cet homme qui nous faisait travailler. Je me souviens de ces soirées , les sabots plantés dans le sable du manège , et elle qui ne sait pas , et lui qui dit qu'elle ne saura jamais. Je me souviens de ses bras autour de mon cou, de ses mains le long de mon corps et dans ma crinière qu'elle tresse, des histoires qu'elle me racontais à l'oreille et de ses lèvres sur le velour de mes naseaux. Il y avait les carottes, les pommes et les petits pains suédois et sa voix qui promettait qu'elle m'aimera toujours. Il y avait aussi tous ces bruits effrayants , et moi qui prennais le galop , et elle qui tombait... Elle m'a emmené ici, dans cette petite écurie dans la plaine, avec des paddocks verts et spacieux, avec un grand box et des amis . Tous les samedis, et parfois le dimanche, nous sortons en balade. Je vois toujours des fantômes dans le coin du manège, mais elle reste sur mon dos et je sens sa joie qui monte jusqu'à ce ciel gris blanc comme la fois où je l'ai emmenée au galop dans la plaine. Alors, de temps en temps, je danse pour elle, comme je dansais pour l'autre, et je crois que je l'aime bien.

Je suis Domino. Je suis le cheval de l'elfe maintenant . Pourquoi l'elfe ? c'est une autre histoire, que je conterai demain. Pour l'heure, j'ai quelque chose à faire ...