
Nous le savons tous, rien n'est gratuit en ce bas monde et moi comme les autres, je suis tenu d'effectuer ma part de travail pour gagner ma ration quotidienne. Tous les jours que Dieu fait ( le Dieu des chevaux est-il celui des hommes ? vaste débat , et sûrement autre passage de mon journal !) je me rend à la carrière avec Corentin, Simon, Alexandre ou l'elfe.
Pour les néophytes, une carrière est un grand espace plein de sable, de bobines, de barres et de seaux , bordé de végétations qui s'agitent par grand vent, de chiens qui vous regardent vous évertuer d'un air dubitatif et traversés par d'ignobles volatiles au plus fort de vos évolutions.
En quoi consiste donc ce travail en carrière ? je vais vous parler de ce que je fais avec l'elfe car c'est de loin le plus étrange... Elle est accompagnée la plus part du temps de Simon qui semble être celui qui propose les activités. Elle commence par me promener en main autour de la carrière , sans doute afin de me faire constater qu'il n'y a pas de vélociraptors dans ce temple de la grâce équine. Las, la pauvre ne voit pas les gnomes, les fantômes et les lutins , mais à ce stade, je fais comme si de rien n'était, malgré les ricanements sournois du petit peuple : à peine si je pointe mes oreilles vers le bruit, pour ne pas inquiéter l'elfe !
Après un tour ou 2, elle "sangle". Toujours pour les néophytes, les humains mettent sur nos dos un petit siège en cuir afin de s'y asseoir ( je vous demande un peu !) et c'est la courroie qui maintient ce dispositif qu'elle resserre ...Il faut dire que j'ai la taille fine, contrairement à mon cousin Orozco qui est plus ...charpenté ! Une fois juchée sur mon dos, nous voilà repartis au pas . Et c'est là que les ennuis commencent : Simon se met à parler.
D'abord il lui demande de commencer à "m'orienter" en me faisant faire des assouplissements. Je ne comprend pas toujours la finalité de la manoeuvre. Pour commencer je trouve que je suis parfaitement orienté par rapport à la direction que l'on me fait prendre : j'ai la tête dans l'alignement de mon postérieur et l'ensemble va en direction de l'avant ! mais la voilà qui commence à pousser mes hanches d'un coté et de l'autre, puis qui essaie d'amener mon nez sur sa botte ... Pour ce qui est du nez sur sa botte, amateurs de sensations fortes , il y a de quoi épanouir vos naseaux ! Au bout d'un moment, bien que peu convaincu du bien fondé de l'affaire, je m'exécute car l'elfe s'agace et je n'aime pas la contrarier à ce point, ce n'est pas professionnel . Le même genre d'exercice se poursuit au trot, avec plus ou moins de bonheur : comme je ne rentre jamais mon ventre en début de séance, mon trot est un peu inconfortable et elle a du mal à être claire dans ses demandes. Enfin, nous galopons et nous faisons ce que Simon appelle des transition et qui consiste à passer du galop au trot, puis à nouveau au galop. Nous faisons aussi des "allongements" , mais à ce stade, j'avoue ne pas trop faire d'effort car je sais que c'est loin d'être fini ! Ils appellent cela une détente. Moi, la détente, je la conçois plutôt au fond d'un paddock, ou bien en ballade avec Orozco et Victor. Enfin, Simon prononce le signal du retour au calme : " Est-ce que ton cheval est bien disponible ? est-ce qu'il répond à tes demandes ?". Ceci dit, je suis toujours disponible pour les choses intéressantes comme les ballades, les pommes, les carottes, les crêpes ...il n'y a pas besoin de me "détendre" pour ça !
Nous attaquons maintenant la seconde partie de la séance, où nous travaillons des exercices différents sur un même thème. La semaine dernière , c'était travail "longitudinal"... D'abord Simon installe un couloir de barres sur la carrière. Une fois le dispositif en place, il explique à mon elfe : "voilà, ceci est un pont, et de chaque coté du pont, il y a un précipice . Tu dois faire l'exercice sans que Domino ne pose un pied à l'extérieur, sinon c'est la chute ! Tu dois passer sur le pont , sinon ...c'est le drame ! " Cette histoire de précipice, doit être semblable à mes fantômes : c'est quelque chose que l'elfe voit, mais que je suis incapable de percevoir. Dans le doute, je fais comme Simon a dit car mon elfe a l'air d'y croire, et je ne souhaite pas me retrouver au fond d'un précipice par manque de foi.
Les exercices se succèdent sur le pont bordé d'un précipice ...De temps en temps, j'essaie de suggérer qu'il est l'heure de manger et que je retournerai bien dans mon box voir si mon bon Alexandre a déposé quelque chose de comestible dans ma mangeoire . Pour cela, je me campe devant la sortie de la carrière avec détermination. Mais ça ne fonctionne pas pour le moment ... Moi aussi j'aurais besoin d'un Simon pour réussir le dressage de mon elfe . Enfin arrive le moment où elle abandonne les rênes . Je sais que je ne vais pas tarder à avoir des baisers sur les naseaux, des gratouilles à la base de l'encolure et des pommes ... Le meilleur du travail, c'est quand c'est fini.
3 commentaires:
salut cousin! Heureux de te lire! c'est clair que dans une même famille tous les membres ne se ressemblent pas. Ma nature fait que même si je ne suis absolument pas gros, je suis beaucoup plus musclé, et mon ossature est plus forte que la tienne. je tiens ça de mon père, car mes autres frères sont comme ça, aussi.
Nous c'est coach qui nous fait travailler, et pas Simon. Il parle relativement peu. Un mot qui traverse la carrière, comme une flèche, mon humain rectifie quelque chose, et tout d'un coup, tout va beaucoup mieux! Par contre j'aime moins quand coach me grimpe dessus, car là ça ne rigole pas d'un pet! Mais en général, il est très content de moi, et il trouve que je progresse bien (même si parfois j'en rajoute un peu pour pas qu'il se refroidisse!). Le petit peuple dont tu parles m'embête de moins en moins, probablement conquis par mon sérieux!
les humains ont parfois de ces idées! imaginer un précipice dans notre carrière qui ne comporte même pas un trou! c'est n'importe quoi! Enfin, si ça les amuse...
En tout cas voilà les 2 jours où nos humains sont là dans l'après midi, et il fait beau! on va donc aller se promener en forêt, et mon petit sabot me dit qu'on va aller en forêt se faire un galop qui décoiffe ma longue crinière!! youpiii! Tu viens avec nous?
A tout à l'heure, Cousin,
Amitiés familiales,
Orozco
Toujours partant pour un galop !
Ce blog est magnifique
Gros bisous
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