mardi 23 septembre 2008

Au commencement était le soleil ...

Du début , je me souviens de peu de chose ... la pénombre fraiche du box et la douceur de ma mère ... la terre rouge, les oliviers gris verts et ces hommes qui parlent fort et qui rient plus fort encore ... Le soleil et le ciel bleu brûlant aussi . J'ai quitté l'Espagne à quatre ans avec ce petit bonhomme à la voix grave, aux gestes sûrs et à la casquette qui sentait bon .

Je suis arrivé dans un endroit vert !!! Il y avait des arbres partout, et le ciel qui pleure souvent, comme moi , au début, derrière mes long cils blancs . J'ai laissé mes amis, ma mère, le bleu , le rouge et le jaune de mon pays natal pour cette terre verte de brouillard et d'eau .

Je suis Domino. Je suis andalou de la province de Malaga . Ma terre est noire maintenant, et je ne l'ai pas choisie . Mais j'y ai trouvé l'amour : celui que je donne sans compter et qu'on me rend ... Celui qui fait mal aussi.

Ma fée, ma douce,celle qui m'a tout appris, ma première maîtresse m'a laissé . Sous sa main légère j'ai su les pas de coté, la cession à la jambe, l'épaule en dedans, le changement de pied au temps. Toutes ces choses qui font dire que les chevaux comme moi dansent sur la musique qu'ils ont dans l'âme.

Je danse pour une autre maintenant. Avec elle, ça n'a pas été facile. Tant de chose à lui apprendre, tant de pleurs au début : les siens ... Je me souviens de ses yeux la toute première fois que je l'ai vue. Ils étaient grands et sombres et ils disaient que j'étais le cheval de sa vie, mais moi je voulais rester avec ma fée. Je suis monté dans le camion pourtant. Je l'ai suivie dans son club, avec cet homme qui nous faisait travailler. Je me souviens de ces soirées , les sabots plantés dans le sable du manège , et elle qui ne sait pas , et lui qui dit qu'elle ne saura jamais. Je me souviens de ses bras autour de mon cou, de ses mains le long de mon corps et dans ma crinière qu'elle tresse, des histoires qu'elle me racontais à l'oreille et de ses lèvres sur le velour de mes naseaux. Il y avait les carottes, les pommes et les petits pains suédois et sa voix qui promettait qu'elle m'aimera toujours. Il y avait aussi tous ces bruits effrayants , et moi qui prennais le galop , et elle qui tombait... Elle m'a emmené ici, dans cette petite écurie dans la plaine, avec des paddocks verts et spacieux, avec un grand box et des amis . Tous les samedis, et parfois le dimanche, nous sortons en balade. Je vois toujours des fantômes dans le coin du manège, mais elle reste sur mon dos et je sens sa joie qui monte jusqu'à ce ciel gris blanc comme la fois où je l'ai emmenée au galop dans la plaine. Alors, de temps en temps, je danse pour elle, comme je dansais pour l'autre, et je crois que je l'aime bien.

Je suis Domino. Je suis le cheval de l'elfe maintenant . Pourquoi l'elfe ? c'est une autre histoire, que je conterai demain. Pour l'heure, j'ai quelque chose à faire ...

2 commentaires:

SuperCrack a dit…

très touchant, ma Gorgone, très émouvant! très bien écrit aussi! je te dis que tu as un don de l'écriture... Nous attendrons la suite quotidiennement, si l'elfe peut tenir la route, et en tout cas, avec une impatience non feinte!
Bisous,
l'autre PRE....

ozon a dit…

Si tu continues comme ça, il va falloir m'offrir une boite de mouchoirs. Mais tu as vraiment un don pour l'écriture: en te lisant (entre 2 larmes) je voyais tout et je sentais ce que tu racontes. Alors t'arrètes pas et continues l'histoire de l'elfe et de son cheval. J'attends la suite avec impatience!